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Un mot sur nos bateaux et notre association.
Il avait plu plus que de coutume depuis mai, mais cela allait mieux.
Le temps avait dû se gâter de nouveau vers le 12 juillet. Le 14 au
matin, en tous cas, il pleuvait des cordes sur Paris.
Pas mauvais pour laver les rues et nettoyer un peu l'atmosphère
polluée de la capitale, mais cela ne fait pas nos affaires, nous
avons justement prévu de commencer aujourd'hui notre randonnée à
l'aviron de Paris à Nantes sur un de nos bateaux vénitiens. De plus
la météo n'est pas optimiste pour les jours qui viennent, et il faut
reculer la date de notre départ.
Dommage car débuter notre aventure par le plus beau feu d'artifice
national aurait du panache.
Il faut donc remettre le départ, mais pas plus tard que la fin de la
semaine. A défaut d'être optimistes, soyons déterminés. Et puis les
météorologues avouent que leur visibilité n'excède pas 4 jours, alors
il n'est pas déraisonnable de parier sur les statistiques car nous
sommes tout de même mi juillet, en plein été, contrairement aux
apparences.
En y regardant de plus près, il semble même qu'il y ait une éclaircie
pas plus tard que ce soir. Alors rien ne s'oppose à ce que nous
exécutions déjà la première partie du programme.
Nous convenons donc avec quelques amis du club Nautique Sèvres
d'appareiller vers 18h pour aller célébrer sur la Seine la prise de
la Bastille, et ce le plus près possible du feu d'artifice. La lasse
motorisée de François accompagnera notre gondole vénitienne et la
mascaretta que nous venons de remettre à neuf. Il s'agit de deux
bateaux d'aviron à la vénitienne. Nous reviendrons sur le sujet.
Les équipages de rameurs sont ceux qui feront la randonnée, à savoir,
Jean Marc et Armel d'une part et Valérie (mon épouse) et moi d'autre
part. Mon frère Denis ne peut pas se libérer ce soir.
Les préparatifs consistent à s'assurer que nous avons de quoi faire
la fête: du champagne, du vin blanc, et les victuailles pour aller
avec; Et puis des lampes, des torches, des chandails et du produit
contre les moustiques.
La remontée de la Seine de Sèvres au pont Alexandre III est toujours
somptueuse à cette heure, et à cette époque de l'été. Le ciel, strié
de nuages hauts (précurseurs de la prochaine dépression) cueille
longtemps les derniers rayons du jour. Le temps est doux, et l'on
peine à se souvenir des averses du matin. Point trop de vent, et peu
de vagues, sauf, à partir du pont du Garigliano, celles des nombreux
bateaux qui nous dépassent pour aller assister au spectacle. Du
courant par contre. Il faut dire que ce n'est pas étonnant, avec tout
ce qui est tombé récemment. Cela va être costaud de remonter jusqu'à
St Mammes.
Nous ramons en commentant le bonheur de cette croisière en plein
Paris. En fin de parcours toutefois, nous acceptons la remorque que
nous tend le ravissant remorqueur jaune Elise (qui remonte d'Issy)
afin de ne pas arriver quand toutes les bonnes places seront
occupées.
C'est le voyage inaugural pour la mascarette: elle marche comme un
rêve, vive et rapide. Pour notre croisière, il faudra ne pas trop la
charger, mais j'envie l'équipage qui sera sur elle, la Veccia (son
nom vénitien).
L'histoire de cette randonnée à l'aviron de Paris à Nantes commence
bien avant ce 14 juillet 2001. Avant même une première exploration,
en 1996, quand Valérie et moi avions mis le Sandalo à l'eau à Chouzé
pour aller dans un premier temps visiter Chinon (pour cela il faut
remonter un peu la Vienne), puis Saumur. En effet nous faisons cinq
ou six fois par an l'autoroute vers Nantes, et sur tout le parcours
qui longe la Loire, des flèches, tentantes, invitent à visiter
Chambord, Chaumont, Amboise, Blois et d'autres sites encore dont les
noms chantent… Ainsi, ma nostalgie de ces horizons promis a dû
naître des premiers voyages vers notre maison de Port Joinville. Elle
a de plus été alimentée par ma rencontre, lors d'une première
participation aux journées de l'Erdre à Nantes (il y a longtemps),
avec des gens d'Angers qui m'ont parlé de leur fleuve.
Je rêvais de passer un long moment sur la Loire, mais ce n'était pas
possible du temps où je bossais dur à vendre de l'ingénierie
chimique, car mes rares loisirs étaient consacrés soit à ma famille,
soit à travailler sur notre maison à Yeu, soit à quelques activités
bénévoles. Tout mon temps libre était alors inventorié, répertorié,
investi. Presque rien ne m'en appartenait. Oh, je ne m'en plaignais
pas, non! Cette vie je l'avais choisie. Enfin… en partie.
Depuis septembre 2000 j'ai 60 ans, et depuis avril 2001 je ne
travaille plus. Je ne sais pas encore comment je vais occuper mon
temps, ni combien de ce temps il va me falloir investir dans des
activités lucratives. Je sais par contre que le temps d'accomplir un
premier rêve est venu. Ce sera de ramer de Paris à Nantes.
Peut être faut il un peu fêter la retraite par une action d'éclat,
peut être ai-je un peu envie de prouver si mon grand âge me met à
l'écart de la vie professionnelle, je suis encore capable d'accomplir
un exploit, mais honnêtement ce n'est pas ma première motivation.
Ma première motivation est que j'ai envie de faire cela, et que pour
une fois, je peux faire une chose dont j'aie envie!
Une autre chose que je savais aussi est que je voulais faire la
partie la plus belle du parcours avec Valérie, parce que 35 ans de
vie commune et plusieurs croisières en bateau m'on rassuré sur notre
capacité à mener à bien avec mon épouse une telle aventure sans
heurts ni lassitude. Par ailleurs, quand j'ai commencé à parler de
notre projet, notre ami Lino, de Venise, m'avait dit en mai dernier
vouloir s'y associer. C'est Lino qui nous a transmis sa passion, et
nous a formés à l'aviron vénitien, aussi j'étais très heureux de
l'associer à cette belle aventure.
Ainsi une formule se dessinait qui me paraissait idéale. Nous
partirions à deux bateaux (pas plus pour ne pas faire foule,
évènement), avec un capitaine permanent sur chacun (Lino et moi), et,
puisque nous prendrions des bateaux à deux rameurs, deux autres
équipiers qui se relaieraient. Valérie montait sur mon bateau à
Briare, et espérait tenir jusqu'au bout. Pour le second bateau, et
bien que les copains (tous encore actifs) aient un peu de mal pour me
fixer leurs dates, je n'avais pas de doute sur la faisabilité du
projet. Jean Marc, fiable et solide comme un roc, annonçait déjà son
accord pour une semaine.
Nous partirions donc fin juillet.
Nous sommes un groupe d'amis réunis en association (la Vogaveneta
Parisienne) qui ramons à la vénitienne sur la Seine. Nous avons
actuellement quatre bateaux: une gondole, un sandalo, et une
mascarette en état de naviguer, plus une deuxième en réparation.
D'abord une mise au point: les gondoliers, contrairement à ce qu'un
nombre étonnant de gens croient, ne se poussent pas sur le fond des
canaux avec une perche. Non, ils rament, avec un aviron, quoi. La
différence avec l'aviron classique est que l'on est debout et que
l'on pousse, au lieu d'être assis et de tirer l'aviron. Autrement dit
l'on regarde dans la direction où l'on va.
Nos bateaux sont tous à fond plat, et si le plus petit fait 7m, la
gondole, atteint 11m30.
Nous avions choisi pour ce raid un sandalo, bateau assez large, et
une mascarette, plus fine et plus légère. Le sandalo fait 7m20 et
pèse quelques 120 kg, et la mascarette fait 7m pour 90kg. Ce sont des
bateaux idéaux pour ce type d'aventure, puisque d'une part ils ont un
très faible tirant d'eau, et que d'autre part, ramer debout face à
l'avant permet de repérer les dangers et de choisir son chemin. De
plus ils sont assez porteurs (surtout le sandalo), et l'on peut les
charger de tout le matériel nécessaire pour bivouaquer, se vêtir et
se nourrir.
Le geste même de la "vogaventa" est très beau, c'est un geste en
élongation, et en équilibre, qui fait un sport très complet. Tout le
corps travaille: les cuisses, les muscles du dos, des épaules et les
bras (sans compter le cœur et les poumons). Le mouvement demande
toutefois de la finesse, car la dame de nage, ou "forcole", est
ouverte vers l'arrière, et une mauvaise attaque ou un dégager
approximatif se soldent par un aviron qui saute de son appui. De plus
la direction du bateau s'obtient exclusivement par l'équilibre des
poussées, et par le passage de l'aviron dans l'eau. Ne rame pas à la
vénitienne le premier venu!
En régate nous propulsons nos bateaux à quelques 12km/h, et le
mouvement est alors très athlétique. En endurance, quand on peut se
contenter d'abattre 6km/h, mais que l'on souhaite tenir cette moyenne
sur de grandes distances, on va se servir d'avantage du poids du
corps, et le mouvement s'apparente alors beaucoup à la marche.
Un autre avantage est que l'on peut aborder un quai ou un banc de
sable sans être gênés par les avirons ou leurs supports. Sur la
Loire, nous avons dû a plusieurs reprises replier nos avirons en
toute hâte pour passer de manière un peu acrobatique entre des
cailloux, ou au raz du pilier d'un pont, chose impossible sur une
yolette classique.
Enfin, un des grands attraits de nos bateaux pour ce type de
croisière est que l'on voit venir le paysage. Apercevoir de loin sur
la Seine les tours de Notre Dame, ou plus tard sur la Loire le toit
du château que nous avons décidé de visiter, est un émerveillement
que se refusent les rameurs "à l'anglaise", assis sur leurs bancs de
galériens.
En fin de compte, nous serons trois sur cette randonnée: Jean Marc
Bastin, Valérie et Richard Winckler.
Nous totalisons à nous trois 180 ans.
Jean Marc est architecte. Autant dire qu'il ne sera jamais à la
retraite, lui. Il a toujours fait de l'aviron, y compris en
compétition. 1m85, et pas un gramme de gras. Nous nous sommes
rencontrés quand, après un acte de malveillance, notre gondole est
partie dériver sur la Seine une nuit de 1997, et après avoir passé
par dessus la chute d'eau du barrage de Suresnes, est venu s'échouer
sur l'île de Neuilly. C'est Jean Marc qui l'a retrouvée. Il est
rapidement devenu un bon rameur à la vénitienne, capable de prendre
la direction d'une Gondole.
Valérie, photographe de métier, rame avec moi depuis longtemps. Elle
est solide sans être athlétique, mais ces derniers temps elle avait
mal au dos, et n'a pas pu s'entraîner. Elle craignait de ne pas
pouvoir suivre longtemps. Tout s'est bien passé, et elle se porte
mieux qu'avant. Ceci tend à prouver (outre l'opiniâtreté de mon
épouse) l'excellence de notre sport, y compris pour le dos.
Richard: je suis à la retraite, comme dit plus haut, après une
carrière à beaucoup voyager pour vendre de l'ingénierie, et à
travailler tard le soir. J'ai toujours fait de l'aviron, moi aussi,
et me suis mis à l'aviron vénitien il y a 15 ans. Disons que suis
bien entraîné, et que j'ai une bonne forme physique : 1m85 moi aussi
et 100kg sans trop de gras. A la fin de notre périple, je me sens
carrément une "pêche terrible". J'ai une deuxième passion: la défense
de l'environnement. Il faudra donc me pardonner au cours de ce récit
les allusions à la préservation des sites exceptionnels que nous
allons traverser.
Cela s'est fait par hasard. Valérie et moi étions à Venise en mai
1985, et avons assisté à l'arrivée d'une course étonnante: le grand
canal grouillait littéralement de bateaux. Sur l'un d'eux l'on
parlait français. L'on nous renseigne. La course s'appelle la
Vogalonga. Je prends contact avec les organisateurs, et l'année
d'après y entraîne mon club. Nous faisons le déplacement avec deux
yolettes en remorque, et en effet la course est fabuleuse. Plus de
1000 bateaux!
Je visite un club local, m'émerveille devant la beauté de leurs
bateaux, et demande à en essayer un. Après quelques coups de rame, je
demande si l'année d'après l'on me prêterait un bateau pour faire la
course à la vénitienne. Croyant à une blague, l'on me répond oui bien
sûr ("Ma certo! E come no!").
L'année d'après nous nous pointons, Valérie et moi et un couple ami.
L'on nous prête comme promis un bateau, et en avant. Avanti! Nous
n'avons fait que la moitié du parcours, mais le virus avait pris.
Ensuite, nous avons rencontré Lino Farnea à Douarnenez. Lino anime
un club sur le Lido de Venise. Il nous a invité à venir passer une
semaine à son club (sur le Lido) avant la prochaine Vogalonga, avant
de faire la course ensemble. Nous sommes venus, et depuis, cela fait
16 ans, nous n'en avons pas manqué une!
La suite est comparable à la progression d'une épidémie. Nous avons
acheté un premier bateau, et puis le hasard nous a permis d'organiser
une croisière sur la Seine pour un ami vénitien qui nous a vendu sa
gondole. Ensuite notre problème a plutôt été de ne pas nous engager
envers trop de débutants que nous ne pourrions ensuite satisfaire.
Nous attendons maintenant que le centre nautique se Sèvres se
développe pour aller plus loin. Nous sommes une trentaine à ramer à
la vénitienne sur la Seine. Il y a par ailleurs un bateau sur
l'Erdre, au Rowing de Sucé, et une équipe à Montpellier.
Pour faire cette randonnée, nous prendrions donc deux bateaux. Mon
Sandalo (la Birichina), est en bon état: deux trois retouches et il
est prêt. L'autre bateau, la Mascarette (la Veccia) demande plus de
travail. Nous nous y mettons en avril. Et dès que nous en grattons la
peinture, c'est l'horreur. Il faut changer une grande longueur de
farge, et un bon tiers du fond, sans compter plusieurs couples. Avec
les conseils éclairés de nos amis de Nautique Sèvres, et après deux
mois de travail acharné pour Jean Marc et moi, il est comme neuf.
Et puis voilà que fin juin Lino se rend compte qu'il ne peut pas se
dégager: mille obligations sportives, des régates à présider.
Eh bien nous ferons différemment. Pour le premier bateau, le Sandalo,
nous partirons Jean Marc et moi, et au bout d'une semaine, Valérie
remplacera Jean Marc. Pour l'autre bateau, la Mascarette, Armel le
Bohec et mon frère Denis feront le premier parcours. Le reste suivra,
les candidats ne manquent pas.
Entre temps il a fallu faire de l'administration. Les autorisations
d'abord. Celles des Voies Navigables de France, ou VNF. Nous
dépendons d'eux sur tout le parcours navigable. Je crois qu'ils nous
considèrent avec une certaine sympathie, mais de la méfiance aussi.
Ils aiment leur métier et les canaux, que la navigation commerciale
déserte petit à petit malheureusement. Mais ils se méfient de nous
autres fous non motorisés. Pourtant nous ne polluons pas, ne
commettons pas d'excès de vitesse, tout en tenant parfaitement la
vitesse limite de 6km/h, et pour ceux que je connais, ne commettons
aucune imprudence. Admettons, cependant, car je comprends qu'on exige
un certain sérieux. Alors ce sont les courriers: aux VNF de Paris, à
celles de Melun, en amont, à celles de Montargis pour le canal du
Loing, celles de Nemours pour le canal de Briare, et enfin à celles
de Nantes pour l'écluse St Félix et l'Erdre. Ne pas oublier la
préfecture, dont dépend la Brigade Fluviale. Les réponses arrivent,
agrémentées de quelques exigences:
- Alors il faut être assuré au tiers et contre les dommages que notre
boite d'allumettes pourrait occasionner à la propriété de l'état.
D'accord.
- Il faut être équipé de gilets de sécurité (qu'ils viennent donc
essayer… mais nous en aurons, qui serviront de coussins). I
- Il faut encore la VHF. Je veux bien, mais qu'on me permette de
rire, car rare sont les yachts de rivière équipés de radio, même sur
la Seine. Va pour une VHF bon marché.
- Mais ne voilà-t-il pas qu'une des réponses exige un moteur!!! Ça
c'est encore du jamais vu! «Mais oui monsieur sur tel canal il y a en
cette saison un fort trafic commercial.» «Mais monsieur, la vitesse
est limitée à 6km/h sur les canaux, moyenne que nous tenons très
bien». «Il suffit: vous aurez un moteur». Bon j'en aurais un…
électrique. Il marche d'ailleurs très bien et n'a pas coûté cher, et
ne fait ni bruit ni fumée. Sur le canal en question, (nous en tairons
le nom), nous ne rencontrerons pas une seule péniche commerciale,
j'ai le regret de dire.
Quand je raconte mes démarches, à mes amis anglais cela les fait bien
rire. Bon, charbonnier est maître chez lui, je suppose. Et pourtant,
une fois encore, nous ne polluons pas, nous admirons le paysage tout
autant que les autres, (plus encore probablement) et sommes même
disposés à payer un droit.
Un droit? C'est à dire la Vignette? A ça non, monsieur: votre force
motrice ne dépasse pas les 9CV. Vexant, non?
Plus plaisant est la préparation de la randonnée sur le papier. Ça
j'adore! Rue de la Boétie, l'ING (Institut National de Géographie),
offre tout ce que l'on peut rêver en matière de guides et de cartes.
Je me procure les trois Guides des Canaux concernant les zones qui
nous intéressent, et me plonge dedans avec délectation. Les parcours
sont détaillés, les écluses aussi, avec la fréquence radio sur
laquelle l'éclusier écoute. Par contre à partir de Braire, et jusqu'à
Angers, la Loire n'est pas navigable, et il n'y a ni guide, ni même
de carte fiable. Il n'y a que les cartes au 25000éme. Plus quelques
cartes grand format pour avoir une vue de synthèse. Et puis
n'oublions pas des guides touristiques. Guide Bleu pour les Châteaux,
et guide du Routard pour les hôtels. Ainsi, des mois à l'avance,
j'aurai fait plusieurs fois la randonnée, dont une ou deux fois avec
Jean Marc, en jonchant de cartes le salon.
Le départ approchant, il a fallu encore investir dans du matériel
d'explorateur. Jean Marc, grand habitué des randonnées en montagne, a
ce qu'il faut. Pour nous, notre vielle tente démodée suffira, mais
les sacs de couchage..? Qui a pris mes sacs de c? Et puis des tapis
de sol. Où sont passés mes t de s? Pour les gamelles, celles d'il y a
trente ans quand nous campions dans les Agriates (en Corse) feront
l'affaire, en les complétant avec des timbales en alu, et de beaux
couteaux de bivouac avec tire bouchon et tout. Ne pas oublier une
pelle-bèche. Jean Marc, quand à lui, possède un réchaud épatant qui
suffira pour tous. Et puis, pour le bateau, nous achetons des toiles
imperméables et des lattes, de quoi faire un taud.
Le 7 juillet nous allons Valérie et moi à Yeu. C'est l'occasion de
conduire ma remorque à l'arrivée, en l'occurrence à Fromentine.
Nous voilà donc partis en Gondole et Mascarette pour assister au plus
beau feu d'artifice national: le 14 juillet à Paris.
Le feu d'artifice (sur le thème, cette année, de Charles Trenet, qui
vient de lever l'ancre) sera un des plus beaux que j'aie vu. Y
assister depuis nos bateaux, sur une Seine couverte d'embarcations
(péniches, house-boats, yachts, hors bords, et d'autres types encore,
comme notre ami le remorqueur), est doublement une fête. L'ambiance
est bien différente de celle qui règne dans la foule compacte, là
haut sur les quais les ponts ou sur les pelouses. Nous y participons
de grand cœur: l'on se hèle, l'on trinque d'un bord à l'autre,
et l'on plaisante. Et en plus de tout ça, ici on ne se marche pas sur
les pieds.
Les amis de Sèvres Nautique n'ont jamais participé à cette fête
exceptionnelle, et je suis enchanté de leur en avoir crée l'occasion.
Au retour je prends la Mascarette seul, laissant Jean Marc et les
autres ramener la gondole, et me régale de sa vélocité et de sa
finesse.
Dimanche 15
Il ne pleut pas. Aurions nous dû partir?
Appel d'Armel qui a mal au coude depuis notre randonnée d'hier.
Lundi 16
Toujours pas de pluie.
Cependant… cependant Armel a été chez un toubib. On lui
diagnostique une luxation du coude. Nous avons été bien inspirés de
ne pas nous précipiter. Il faut faire le deuil du deuxième bateau.
Sentiment de défaite, mais cela ne va pas me décourager.
La météo est maussade. Anticyclone faiblard et basse pression
agressive. On annonce des pluies faibles. Tant pis! C'est pour
demain!
Nous mettons à flot pour partir dès que possible, et au plus tard
mercredi,.
Mardi 17 août
Temps infecte qui justifie pleinement notre option. Météo plus
optimiste pour demain.
Cette fois pour de bon: la remontée de la Seine.
9h30 Arrêt à Chinatown.
Jean Marc a travaillé en Chine, et connaît l'endroit. Visite amusée
de l'architecture kitch de ce monument de goût douteux. Au bar Jean
Marc prend un thé (pas bon), et moi un café. Le magasin n'est pas
passionnant. Pas un chat.
La Seine coule vite, même en amont de son confluent avec la Marne.
Nous ne ferons guère plus de 25km par jour.
11h La première écluse, celle du Port à L'Anglais. Premières armes
avec la radio. Il a fallu comprendre pourquoi nous n'entendons pas la
réponse de l'éclusier. C'est que le poste VHF a basculé, dieu sait
comment en norme USA, et qu'il faut revenir à la norme INT
(internationale). Cela n'est pas écrit dans les instructions. Grâce à
l'éclusier ce sera corrigé. Un yacht entre en même temps que nous. Le
capitaine rigole: il appelle l'écluse sur son téléphone portable, et
n'a pas de VHF. Les autres yachts que nous croisons n'ont pas de VHF
non plus.
Déjeuner sur le quai d'une banlieue bourgeoise.
17h Ecluse d'Ablon. Jean Marc fatigue. Nous avons fait environ 25km
(contre le courant).. Vers Draveil nous repérons l'entrée d'une
sablière. Nous sommes dans un parc, à 20m d'un menhir. On entend un
peu trop les avions d'Orly et des trains, mais l'endroit est à
l'abri, et assez beau. Je dormirai dans le bateau et Jean Marc sous
sa tente.
Enfin, j'essayerai de dormir. La vérité est que j'ai très mal dormi
au début, la dureté du sol me faisant souffrir aux épaules. De
manière surprenante, cela n'entame pas ma forme au réveil.
Première conclusion: tout marche! Le taud imaginé pour le bateau est
pratique et hermétique, les caissons faciles à manipuler, le réchaud
nous fait la cuisine. Tout marche.
Seule critique: le bateau est difficile à diriger avec le poids des
bagages concentré sur l'avant. Nous mettrons un moment avant de
trouver le bon équilibrage. Il faudra mettre entre les deux rameurs
les poids les plus importants (en l'occurrence le caisson de
nourriture et la glacière).
Vendredi 20
Réveil à 7h.
Départ sous une petite pluie fine qui laissera la place au beau
temps.
D'abord un paysage urbain triste, usines, hangars, pavillons
disparates. Odeurs de chimie.
Arrêt buffet à Chatillon sous Bagneux. Je pars chercher une épicerie:
il faut marcher jusqu'au carrefour de la nationale 7. Là l'horreur.
Un garage avec laverie l'Eléphant, une grande surface d'équipement de
la maison, une superette, et j'en oublie. Nous refaisons les
fournitures, dont 6 litres d'eau (c'est notre moyenne journalière) et
fuyons. Etrange que cette ville banale, nom anodin sur une carte de
banlieue, ne se recentre pas sur son bord de fleuve, somme toute
assez charmant, mais soit concentré sur ce carrefour pouilleux,
bruyant, périlleux, clinquant…
Puis des arbres de plus en plus nombreux.
Déjeuner près de Corbeil sur un quai sympa. Nous ouvrons une bonne
bouteille que JM a apporté. Ça y est, nous sommes en vacances.
Nous ramons à présent sur une Seine beaucoup moins industrieuse.
Presque plus de péniches. Nous partageons la rivière avec quelques
skieurs nautiques, et quelques rares plaisanciers. Seul le bruit
incessant des trains nous rappelle que nous sommes pas loin de la
capitale. Nous les apercevons de temps à autre et sommes amusés de
reconnaître des trains de banlieue. Deux heures encore de travail, et
nous choisissons de nous arrêter à Seine Port. Nous explorons ce qui
pourrait être l'entrée d'une sablière, mais qui se révèle être le
canal qui dessert une étrange propriété déserte qui a dû connaître de
meilleurs jours. De beaux arbres, d'anciennes pelouses devenues
prairies, et un vague centre de conférences… Nous y serons en
paix pour notre deuxième nuit. Ce soir cassoulet.
Samedi 21 juillet
Nos départs sont laborieux. J'ai encore très peu dormi, mais fait des
rêves pleins d'impressions très précises, tactiles, auditives,
visuelles. Il nous faut bien 1h30 pour boucler l'opération. D'abord
il s'agit de bien se nourrir: grosses tranches de pain (complet) pour
avoir des sucres lents, et aussi beaucoup de liquide. Je fonctionne
au Ricoré, JM au thé. Aujourd'hui pddm silencieux, voir pâteux.
8h30 départ sous de la bruine. Des pécheurs cependant nous confirment
que la météo est optimiste. Le temps en effet ne tardera pas à se
lever.
Nous sommes maintenant dans un paysage de forêt et de belles maisons.
Deux somptueux châteaux dorment de tous leurs volets clos, mais les
pelouses semblent entretenues. Ailleurs d'étonnantes gentilhommières
à toits pointus et à poutres apparentes rappellent les luxueuses
folies de Deauville. Quelques majestueux boulingrins arrivent
jusqu'au bord de l'eau. La région a dû avoir son heure de gloire,
peut être du temps du deuxième empire. Ailleurs nous nous amusons de
tout le dégradé qui va des fastes faciles des nouveaux riches aux
maisons secondaires pré-construites plus modestes. Tout cela est
navrant pour mon ami architecte qui cherche en vain dans les
constructions les plus récentes la moindre trace d'art de construire.
Si peut être, ici ou là, une ou deux maisons en bois situées en
hauteur
Conversation sur l'architecture.
Pourquoi ces constructions (auxquelles nous nous amusons à attribuer
des nains de jardin d'or, d'argent, de bronze), sont-elles d'une si
navrante banalité, alors que même les folies dégoulinantes de ce que
nous décrivons comme l'époque Deauville, gardent, elles, un charme
certain?
Peut être ces gens s'appropriaient-ils le site de leur maison, s'y
investissaient-ils. Peut être avaient-ils l'orgueil de leur époque et
de leur créativité. Peut être aussi respectaient-ils leurs
architectes.
Je décris à JM ce que je ferais si j'en avais les moyens:. Ayant
choisi un endroit en fonction de ce que je veux faire de ma future
maison, j'écrirai un long opuscule sur la manière dont je verrai
cette maison vivre, je décrirais ma vie dans la maison, les gens de
ma famille ou de mes amis qui partageraient occasionnellement mon
toit. J'y ajouterais en annexe une description de moi même, de mes
passions, de la raison de mon choix de la région, du lieu.
Ayant choisi un architecte sur son travail passé, et une longue
conversation avec lui, je lui définirais les limites de mon budget,
et mon objectif, j'insisterais pour qu'il visite longuement avec moi
la région, et…
Je le laisserais travailler.
Je réaliserais en tous cas ce qu'il me propose sans adultérer le
projet par des discussions incessantes et des compromissions.
Commentaire de JM: tu serais le client idéal!
Voilà à quoi rêvaient deux rameurs sur la Seine un matin.
Ramons encore
Halte déjeuner à Melun. Sympathique arrêt dans un bras mort. Nous
remontons les rues en pente, trouvons une terrasse ensoleillée et
nous offrons une ventrée de salade.
Visite de la charmante église gothique et trapézoïdale de St Aspais,
dont les vitraux modernes valent une mention.
Ensuite longue trotte, jusqu'à 19 heures. Nous élisons domicile sur
le début de la pelouse municipale de Samois
Dîner et vacation radio (nous avons décidé d'une vacation à 8h du
matin, et à 20h).
Canards, grenouilles et… trains.
Dimanche 22
Samois Pelouse municipale
Pas un coq au réveil, mais un canard disgracieux. Le jour filtre à
peine à travers les parois du taud. Quand le canard se tait le
silence est merveilleux. J'ouvre ma tente pour admirer un somptueux
paysage. La rivière fume, on ne voit qu'une belle courbe verdoyante.
Pas une construction.
A 8h Armel Le Bohec appelle: si nous déjeunions ensemble? Excellent
idée. Je suggère Moret sur Loing.
Préparatifs silencieux autour d'un petit déjeuner.
Nous passons sans les voir par des villes qui n'ont pas l'ombre d'une
façade sur la rivière. Ainsi, si nous passons tout près de
Fontainebleau, rien ne le laisse deviner. Quelques exceptions, comme
les villages de Samois et de Thomery. Thomery où s'est marié mon fils
Frédéric en 1995. La réception se tenait sur l'autre rive, à Samoreau
(invisible de la rivière) et j'y avais conduit les mariés accompagnés
des enfants d'honneur sur ma gondole. Voici justement le quai et la
belle église gothique.
Par contre, les maisons se succèdent, qui vont du beau au ringard en
passant par le tape à l'œil ou le rigolo. Nous admirons aussi
des Clubs nautiques somptueux, qui semblent tous avoir des flottes
d'un quillard d'une série qui doit être très active.
13h Nous arrivons sur le Loing. Visite rapide de St Mamès, ou il y a
marché. Nous aurons pour dessert des cerises et des abricots.
14h Armel nous attend à Moret. Nous attachons le bateau sur un quai,
et cherchons une table. Difficile, car tout est pris d'assaut en ce
beau dimanche d"été. Nous rivalisons avec Jean Marc d'anecdotes sur
nos premiers jours de croisière.
Première écluse sur le Loing. «Vos papiers, votre autorisation!» Ça
passe. Nous sommes un peu surpris par cet accueil prudent, mais
comprenons bientôt pourquoi le fonctionnaire des VNF angoisse: C'est
qu'il nous prenait pour l'avant garde d'un groupe de 20(!) bateaux à
rame étrangers qui n'ont pas les bonnes autorisations. Un bateau
anglais serait déjà passé avec une vignette payante au lieu de
l'autorisation sacro-sainte.
5 écluses plus tard il est trop tard pour nous empêcher, nous,
d'aller jusqu'au bout.
Nous avons changé de guide des canaux: nous sommes à présent sur le
Guide du Centre. Ainsi nous savons que pour la nuit nous nous
arrêtons vers le PK 36 (point kilométrique). Nous trouvons un tronc
creux dans lequel nous ferons du feu.
L'endroit serait idéal, mais en cherchant à m'isoler dans le bois, je
glisse sur le talus, tombe sur un tronc et me blesse le dos. La
barbe! Je ne veux pas être arrêté par un bobo qui s'infecte! Pas de
bain dans le canal pour moi ce soir.
Nuit paisible tout de même sans bruit de train!
Lundi 23
Premiers coups d'aviron à 8h dans le calme le plus absolu. Zut, j'ai
mal au dos.
Nous longeons un quai à Nemours, près d'où le canal passe. Une
voiture marquée du sigle des VNF nous rattrape et le conducteur nous
hèle. Il nous demande les papiers (que nous avons montré hier déjà).
Que se passe-t-il? Ce sont nos anglais. Ils nous précèdent. Faisons
nous partie du même groupe? Non. C'est que… Oui je sais ils
n'ont pas la bonne autorisation. Ce manque de respect pour les
décrets de l'Administration sidère notre excellent fonctionnaire. Je
lui dis qu'à mon avis les 30 plaisanciers sont des gens très fiables,
qu'il ne risque rien à les laisser passer et que cela ferait vraiment
très mauvaise figure de les expulser alors que l'on fait tant
d'efforts pour encourager le tourisme sur ce canal.
En tous cas avons nous des gilets? Oui. (Ah ça ne va recommencer!)
Et puis il faut quitter le bateau dans les écluses.
Bien monsieur. Comme ça si une vanne cassait (combien de fois est-ce
donc arrivé?)…
Un peu plus loin nous rattrapons une yolette splendide en bois verni
où rame un monsieur d'âge mûr au sourire charmant et typicaly
british, et sa lady assise dans un fauteuil de barreur cannelé.
Serait-ce… Nos anglais! Ce sont eux les redoutables
envahisseurs. Ils ont dû opposer à toutes les tentatives de leur
faire exhiber des papiers le regard désarmant de ceux qui sont
assurés que l'on comprend la langue internationale qu'ils pimentent
d'un accent d'Oxford parfait.
John et Sally ont construit eux mêmes ce Thames Skiff à banc fixe.
C'est un bijou. Ils disposent même d'un mat et d'une voile, et c'est
ce qui leur a permis d'obtenir la fameuse vignette. Un peu plus loin
ils seront rejoints par deux autres bateaux identiques tractés sur
des remorques rutilantes. Je rougis de l'état des vernis de notre
Sandalo.
Nous naviguons un peu plus vite qu'eux. Nous ferons plusieurs écluses
ensemble, et avons le temps de bavarder. Ils connaissent très bien
notre ami Richard Norton, qui lui aussi possède une gondole., et que
nous retrouverons sur l'Erdre cet été même! Nous appelons notre ami à
la première halte.
Nous découvrons le canal du Loing, écluse après écluse. C'est beau,
mais monotone. Le canal ne traverse pas de ville, du moins les villes
côtoyées ne sont-elles pas tournées vers le canal. Ainsi la carte
nous dit que nous traversons Dordives: pas une maison! Je parie que
c'est encore une absurdité administrative, une zone de reculement de
200m ou plus? Même un joli petit château que nous apercevons n'a pas
accès au canal. Et comment faisaient donc les nautoniers d'autrefois
pour se ravitailler?
Temps maussade, mais qui nous habitue en douceur au soleil.
Arrêt avant Cépoy au PK5. J'ai eu mal au dos toute la journée, et je
décide d'aller me soigner à Montargis. Ça représente près de 7km de
marche, mais ce serait trop bête d'être handicapé maintenant. Il y a
de la place dans un IBIS bien tenu. Bain et soins avec une glace pour
voir les dégâts. J'ai plusieurs lacérations dont une mal placée à la
ceinture.
De plus je n'ai pas vraiment dormi les soirs précédents. C'est qu'on
ne se défait pas si facilement de nos habitudes bourgeoises!. Je dors
comme un bébé. Cela suffira a remettre la mécanique du sommeil en
route. J'ai un peu mauvaise conscience de laisser Jean Marc seul,
mais pouvions nous abandonner le bateau? En fait nous aurions dû
pousser l'étape jusqu'à Montargis.
Mardi 24
Une heure de marche dans la rosée matinale le long du canal pour
rejoindre Jean Marc et le bateau.
Nous avons tous deux besoin d'une halte. Nous ramons jusqu'à
Montargis, et décidons de faire plusieurs choses importantes: Refaire
nos provisions, laver ce qui doit l'être (et tant nos chemises que
nos frocs sont carrément sales) et nous accorder une pause restaurant
avec force salades au menu. Et puis n'importe comment ce serait bête
de ne pas visiter Montargis, qui est tout à fait charmant.. Mes bobos
auront dit bravo à cette halte, et si je me tiens bien droit sur la
chaise au restaurant, j'ai bon espoir d'un début de cicatrisation.
Petite étape jusqu'à Montcresson. Nous trouvons un très beau bord de
canal pour la nuit.
Le lendemain, le gardien de l'écluse près de laquelle nous sommes
arrêtés nous explique que depuis qu'ils ont automatisé les écluses,
il lui en échoit 6, et qu'il lui faut sans arrêt faire la navette à
toute blinde d'un bout à l'autre de son domaine. Ainsi les charmantes
cahutes qui affichent le nom d'une écluse ne sont-elles plus ces
havres de paix qu'elles ont dû être pour une profession protégée,
vivant tranquillement, entre la manivelle et le carré de légumes, et
toujours disponible à un bavardage avec les nautoniers nomades.
Aujourd'hui on leur impose de surveiller six écluses! Six mécanismes
pas très au point qui font des caprices. Et de répondre à des
plaisanciers souvent totalement néophytes, et qui parlent toutes les
langues européennes, et quelques autres encore (nous avons parlé à
des touristes Israéliens).
Quand on arrive à une écluse, il faut s'en approcher jusqu'à
déclencher un capteur lumineux. Nous découvrirons pour cet usage une
deuxième utilité au cale pied avant. On sait que ça marche quand le
feu rouge se met à clignoter. Puis l'écluse se vide à gros bouillons.
La porte aval ouvre, et l'on pénètre dans l'écluse. Un des équipiers
monte avec une aussière (les deux pour tenir notre promesse). Ensuite
une fois à l'intérieur il faut soulever une tige qui déclenche
d'abord la fermeture de la porte aval, et le reste de la
manœuvre. Si tout va bien, une ventelle laisse l'eau entrer par
la porte amont, et ça bouillonne quelque peu dans l'écluse jusqu'à ce
que l'eau soit montée. La vérité est que ce serait bien utile à ce
moment là si l'autre équipier était resté à bord, et retenait le
bateau contre l'échelle pour éviter au bateau de dériver.
Maintenant le système peut foirer, et le fait même avec un malin
plaisir. Par exemple si pour déclencher le système l'on passe
plusieurs fois le cale pied, ou un chapeau, ou la pelle de l'aviron
devant le rayon lumineux. Ou si dans l'écluse on s'avisait de tirer
plusieurs fois sur la tige de l'automatisme. Nous sommes même arrivés
à mette en tilt le système sur plusieurs écluses.
Les bateaux de rivière
Il est temps de dire un mot des bateaux que nous croisons:
Depuis que nous avons quitté la Seine, plus un seul professionnel.
Nous avons vu un quai de chargement à Nemours, et puis à un moment
nous sommes passés devant une espèce de port, qui dessert un quai
sous un de ces immenses silos de coopérative. Il y avait bien une
péniche là, mais en ce lundi, on ne chargeait pas. On m'a expliqué
pourquoi, mais je n'ai pas compris. Et puis cette année, avec toute
la pluie, les moissons doivent être retardées. C'est sûrement triste,
car les canaux devraient vivre du trafic commercial. C'est un
transport sûr, peu coûteux, non polluant. Le réseau français de
canaux est remarquablement développé… Alors? Alors c'est un
transport lent.
Voilà pourquoi les seuls bateaux rencontrés sont des plaisanciers. Un
nombre important de bateaux hollandais, quelques anglais, un très
beau yacht allemand, et même des français, essentiellement dans des
pénichettes de location, mais aussi des habitués comme Daniel et
Liliane sur leur très sympathique yachts de rivière. Et puis de
gigantesques péniches de 38m * transformées en palaces flottants et
(du moins pour les trois que nous avons croisées) louées par des
américains, avec équipage professionnel, piscine, parasol pour
l'apéro, et tout. Comme quoi il y a des américains pas pressés, et
qui voyagent intelligemment.
Conduire une pénichette est d'une facilité enfantine, et les loueurs
ne demandent aucun diplôme. Amusant cependant de voir certains
équipages totalement néophytes. Incapables par exemple de faire un
nœud. Alors gare dans les écluses! Nous tâchions de les repérer
et de nous mettre bien à l'écart quand nous devions partager une
écluse avec eux.
En tout, on nous a cité le chiffre de 20 à 30 bateaux par jour
pendant la saison, ce qui n'est pas énorme. On devrait cependant tout
faire pour encourager ce moyen de visiter la France. Le fait-on? Par
exemple, nous avons trouvé difficile sur le parcours en question de
faire laver du linge ou de prendre une douche.
Mercredi 25
Nous trouvons tout de suite que le canal de Briare est bien plus
plaisant et accueillant que celui du Loing. Nous traversons de beaux
villages, la vue est souvent ouverte sur la campagne. L'accueil aux
écluses est souriant: plus de ces "vos papiers" qui vexent
inutilement.
Arrêt midi à Montbouy. Il y a un camping, et qui dit camping dit
douche. Douche bienfaisante, donc, puis déjeuner dans un restaurant
charmant (pour 65F!), suivi par une sieste sous les platanes.
Mention spéciale pour l'éclusière: 18 ans, et 1m80 de blondeur
athlétique et souriante. Ah l'éclusière de Montbouy!
Elle me ferait presque oublier de mentionner la ravissante église
gothique.
Quelques écluses plus tard, nous arrivons à Rogny les Sept Ecluses.
Bien joli village bâti au pied de ce monument construit sous Henry
IV: sept écluses à la suite les unes des autres. Le canal fait un
détour à présent, mais le site est intacte, et tenu comme un jardin.
Daniel et Liliane nous y ont précédés. Nous préférons nous dégager un
peu du village, et établissons notre camp après deux écluses. Nous
revenons, sapés correctement pour prendre un pot avec nos amis. Au
moment où nous arrivons trois montgolfières s'élèvent dans le léger
chuintement de leurs chalumeaux. C'est une attraction pour nos
visiteurs américains, dont décidément les hôtes font bien les
choses.
Nous éclusons plus modestement avec Daniel et Liliane un pastis bien
français, tout en nous racontant nos vies nautiques.
Jeudi 26
Nous serons à Briare aujourd'hui? Où est Valérie qui doit nous y
retrouver? Pas de signal pour nos téléphones mobiles. Interruption
forcée de 12h à 13h pour cause de pause méridienne du personnel VNF.
Nous arrivons à Briare vers 14h30.
Ça y est: Valérie est sur mon portable. Nous convenons de nous
retrouver au "port de commerce", tout près du Pont Canal. Il y a là
un hôtel restaurant du même nom. Ils ont une chambre pour nous, mais
plus de cuisinier pour nous nourrir.
Transvasement de colis entre le bateau et la voiture de Valérie que
Jean Marc reconduira jusqu'à Paris. Dernier tour avec Jean Marc pour
passer avec lui l'admirable pont sous lequel coule la Loire.
Adieux.
Je cache le bateau sous un ancien pont tournant à côté de l'hôtel, et
vais me manifester aux VNF pour m'assurer que l'on nous ouvrira
demain le canal latéral, peu fréquenté, et qui nous permettra
d'accéder à la Loire. Les personnes que je rencontre me rassurent, et
me rassurent aussi sur le parcours du fleuve jusqu'à Giens. Tout
s'annonce bien.
J'éprouve un sentiment de bonheur à ce que tout se déroule comme
prévu. Nous avons bien mis une semaine pour arriver jusqu'ici, sans
nous faire mal (grâce à la sagesse de Jean Marc), nous avons emporté
le matériel qu'il fallait, sans rien de trop, et tout fonctionne.
Nous trouvons comme prévu le ravitaillement nécessaire, et ne nous
sommes pas engueulés. Même la météo nous épargne. TVB. Moral au beau
fixe.
Valérie et moi allons marcher le long du fleuve, rentrons visiter
Briare, puis dîner à l'hôtel. Dodo heureux comme un pape à Rome.
Vendredi 27
L'orage a grondé hier soir, mais le bateau était parfaitement
protégé.
Premiers coups de rame avec le nouvel équipage. Je me sis qu'il
faudra ménager Valérie. Je me sens dans une forme olympique, mais
elle commence. De plus elle avait mal au dos récemment. Je me dis
encore qu'il ne s'agit pas d'établir un temps de record, mais
d'arriver à Nantes et de passer du bon temps.
Premiers coups de rame somptueux d'ailleurs, puisqu'il s'agit de
passer la Loire sur un pont!
Un mot d'explication: l'écluse qui permettait d'accéder au fleuve à
Briare a été condamnée. Il nous faudra donc remonter le canal latéral
jusqu'à Châtillon, puis emprunter un petit canal et deux écluses
avant d'arriver à l'écluse de Mantelot qui nous ouvre la voie vers
l'aventure.
Le canal latéral es tout calme et champêtre. Un berger très écolo,
barbu, bâton sur l'épaule et très beau chien berger des Flandres,
brebis noires et brunes, nous dit qu'il ne voit pas souvent de
rameurs sur le canal.
A la halte de Châtillon, nous retrouvons Daniel et Liliane.
Salutation, photos. Ils ont prévenu un journaliste de notre
passage!
Après dix bons kilomètres du latéral, nous trouvons finalement notre
écluse, vers le latéral du latéral. L'éclusier (légèrement
désapprobateur devant un bateau à rames) nous prévient qu'il y a de
l'herbe. Et comment! Il ne doit passer beaucoup de bateaux à hélice
par ici!
Sur le chemin de halage nous trouvons bel et bien la presse en la
personne excellente d'un journaliste de La République correspondant
de FR3. A la prochaine écluse interview en bonne et due forme sous la
caméra. «Qui êtes vous, d'où venez vous, où allez vous».
Nous arrivons bientôt à la superbe écluse de Mantelot. Un magnifique
bassin rectangulaire bordé de platanes centenaires. Au bout du bassin
une flottille de gabarres. Ce sont le premières pour nous. Nous
allons admirer.
Un grand barbu s'approche et se présente: «Gérard Cusson. Je dirige
un camping à Giens. Venez me voir et je vous présenterai des gens qui
vous aideront dans votre périple sur le fleuve».
Nous enregistrons, mais sommes trop excités par ce qui se passe:
L'écluse s'entre-ouvre, s'ouvre, s'ouvre toute grande sur… sur
le spectacle grandiose de…
La Loire!!!
Nous y sommes! Nous sommes sur la Loire!
Plus de murs parallèles d'un canal, plus de clôture d'arbres bien
émondés: nous sommes dans le somptueux paysage sauvage de la Loire,
libre dans son lit. Libre et puissante, et capricieuse, et rebelle et
qui fait un peu peur. Patrimoine de l'humanité depuis peu.
Espace, silence, vitesse! Nous faisons nos premiers coups de rame
dans une exaltation euphorique.
Halte pour déjeuner à Briare, et faire quelques achats.
Nous sommes à Giens en peu de temps. Le camping est facile à trouver
car du côté gauche un endroit de la berge est couvert de tentes. Sur
la plage, des vacanciers retirent leurs kayaks de l'eau. Nous tirons
notre bateau au sec et nous dirigeons vers la réception. Moment
d'appréhension. Allons nous faire demi-tour? C'est que Nous
progressons entre des tentes (ultra-modernes si on les compare à la
nôtre). Les campeurs ont beau être espacés, et l'endroit calme, j'ai
perdu l'habitude de la foule. Moment de panique: allons nous devoir
passer la nuit ici? Où est la berge sauvage la plus proche?
C'est la fin de la journée et l'activité à la réception est intense.
Gérard Cusson nous reçoit. Il confie aussitôt son très actif bureau à
une collaboratrice pour appeler Robert Faissy (dit le bourru), et Guy
Mourau. Nous sommes presque gênés de déranger des inconnus. Les deux
laissent ce qu'il font et arrivent aussitôt. C'est le début d'un
rêve.
Tels Ulysse en son odyssée ou Thésée ou Jason, les antiques
voyageurs, sans ces guides envoyés par les dieux du fleuve, nous ne
serions jamais passés! Si nous avions écouté notre snobisme qui nous
fait préférer le bivouac solitaire aux campings, nous manquions ce
qui sera le premier maillon d'un réseau de bienveillante sollicitude
qui nous permettra d'accomplir notre périple. Mais Gérard personnifie
le bienveillant génie de la Loire, Robert et Guy les guides
initiatiques. Guy a une passion d'historien pour le pays de Loire: il
en connaît chaque pierre, et chaque personnage. Robert, lui, se
passionne pour les bateaux traditionnels, et organise de grandes
randonnées. Bientôt ils nous racontent de mémorables virées sur ces
grands navires de bois massif. Autour d'une bouteille de vin d'ici,
ils nous détaillent surtout les difficultés et les traquenards du
fleuve. Où nous jetions nous, pauvres innocents! Nous sommes
impressionnés, et reconnaissants. Presque chaque pont présente un
passage difficile. Nos amis nous disent pont par pont sous quelle
arche passer.: Je couvre deux pages de mon carnet de bord de noms de
lieu et de croquis.
Une phrase me laisse dubitatif: Robert me dit de prendre garde aux
chutes. Lui même s'est cassé le poignet lorsque son bateau s'est
brusquement arrêté en passant sur un haut fond. J'ai un regard de
commisération: Robert doit commencer à vieillir… Je me
souviendrai de cet avertissement dans pas longtemps.
De plus ils nous donnent également le nom et le téléphone de celui
qui nous détaillera la suite du fleuve, Alain Lacroix à Tours. Nous
devinons l'existence d'une confrérie de passionnés de la Loire. A la
fin du périple, nous en aurons contacté quelques uns, et aurons des
choses à leur raconter. Pour le moment nous notons religieusement
leurs paroles et nous sentons très humbles devant ceux qui ont le
savoir, et très honorés de leur attention.
La première difficulté est le barrage de la centrale de Dampierre.
Ils nous y donnent rendez vous, non sans un dernier commentaire:
«Vous ne seriez pas un peu fous?»
Comme nous confirmons sans hésiter ce diagnostique, nous nous
séparons sur un éclat de rire général.
Ensuite nous avons juste le temps de nous trouver un bivouac sur la
première île en aval, et un bel orage éclate. Il pleut: première
satisfaction, la tente est imperméable. Mais le vent s'est levé, et
semble vouloir la soulever de mon côté: je me presse de tout mon
poids (100kg) contre le bord, et ça semble suffire. Début de nuit à
nous préparer au pire, quand le vent aura raison de notre frêle abri.
Mais le pire ne se produit pas. Deuxième satisfaction: notre
établissement résiste au vent. En tous cas c'est une inauguration
tonitruante du bivouac pour Valérie.
Samedi 28
Lever de bonne heure, 6h30, mais nous ne parvenons pas à raccourcir
nos départs: il nous faut 1h30, entre le petit déjeuner, le démontage
du bivouac, un minimum de toilette. Nous sommes sur l'eau à 8h, mais
nous aurons 5mn de retard à Dampierre. Robert et Guy sont là, sous
les redoutables tours de refroidissement qui crachent des nuages
blancs. Mais ce ne sont pas les cheminées que nous redoutons: c'est
le barrage. Robert nous indique la glissière à bateaux. Il faudra
descendre, et retenir le bateau avec une corde pour qu'il passe la
rampe sans dommage, parce qu'il n'y a pas assez d'eau pour le faire
flotter. La descente se fait sans problème.
Robert pris d'une inspiration, va nous chercher dans le coffre de sa
voiture un rondin de bois, dont il nous dit qu'il nous sera
indispensable pour passer la prochaine grosse épreuve: la rampe du
barrage de St Laurent des Eaux. Bénis soient nos guides tombés du
ciel! Dans les légendes antiques un premier magicien vous donnait
souvent un bâton dont on ne pouvait deviner l'usage et qui se
révélait indispensable pour échapper au prochain dragon. Merci, notre
bon magicien!
En attendant, nous faisons connaissance avec les caprices de la
Loire: Le courant est assez rapide sur toute sa largeur, mais je ne
tarde pas à comprendre que par endroit il est galope plus vite, sans
doute dans le chenal principal. Le jeu consistera à choisir en
permanence la meilleure trajectoire, ce qui oblige à certains
méandres. Ailleurs, quand le fleuve dessine des îles, il faudra
deviner lequel est le bras le plus vif. Il n'y a pas de droit à
l'erreur, car certains bras sont presque à sec alors que d'autres
prennent l'essentiel du courant. Alors en abordant un île, il faut
bien observer l'eau, et aller là où le courant porte.
Et puis de temps à autre un banc de sable et de silex barre tout le
cours de l'eau. Sur le premier banc j'ai mis les pieds dans l'eau
pour aider le bateau à passer. Ensuite j'ai compris que le fleuve
creuse toujours un passage préférentiel dans lequel il forme un
rapide.
Tiens où donc passer sur le banc qui se présentei? Ah! Regarde: le
passage est complètement à droite! Force rames! Quand nous arrivons
au rapide, nous nous rendons compte qu'il dessine un coude et passe
en plein sous un arbuste… Trop tard! Une dernier coup de rame,
et je crie: "A plat ventre!" Le bateau fonce dans l'arbre que nous
traversons dans un grand fracas de branches cassées. Nous en sortons
indemnes en riant comme des enfants.
Il y aura d'autres passages comme celui-là où nous ferons
l'expérience de vigoureuses poussées l'adrénaline.
La journée se termine plus paisiblement par une visite de l'abbaye de
St Benoît. Nous tirons le bateau sur la berge, et partons à pied
faire les quelques vingt minutes de marche à travers les champs de
blé qui nous séparent des tours et des voûtes romanes. Sur ce chemin
presque rien n'a dû changer depuis le 10ème siècle. Nous nous
engageons avec respect sous le portique. J'avance la main pour ouvrir
la porte… qui s'ouvre toute seule sur les visages stupéfaits de
John et Sally. Ils ont faussé compagnie à leurs amis pour cette
visite. Il nous attendent à l'auberge pour un thé, et nous
raconteront leur croisière.
Dimanche 29 Juillet
Réveil paresseux, mais nous sommes dimanche, non? Il y a une messe à
9h30 à St Benoît. Nous nous sapons et laissons le matériel sur l'île
sous la garde des anges. Nous traversons à la rame et marchons de
nouveau à travers champs vers la basilique. Messe paroissiale, au
cours de laquelle je ne peux réprimer un fou rire en trouvant dans le
polycopié une coquille bien de circonstance: «Gloire à toi, Loire à
toi!»
Ensuite courses au village et petit déjeuner sur la placette plantée
de platanes comme il se doit.
Au moment de reprendre notre bateau, un gentil pécheur approche et
engage la conversation. Il nous avait repérés à l'église, et en nous
voyant apprêter notre sandalo a reconnu un bateau vénitien. Il
renonce à pêcher aujourd'hui car les pluies violents ont colorié
l'eau de rouge, et cela ne lui dit rien de bon.
«Vous avez aimé St Benoît? Mais avez vous vu Germigny? Non? Alors je
vous y amène!».
Il sort sa voiture et nous fait visiter la fabuleuse petite église
romane (carolingienne!) à côté de laquelle nous serions passés sans
sa gentillesse. Ensuite de quoi nous sommes invités à prendre l'apéro
dans sa jolie maison sur la digue. Fernand et son épouse vont
régulièrement à Venise avec leurs petits enfants, ce qui explique
qu'il ait reconnu notre bateau. Ils ne savent pas combien ces
rencontres savoureuses nous font plaisir.
Nous repassons en tenue sportive, et nous remettons en route: cap
sur Chateauneuf..
Il valait mieux être en short d'ailleurs, car en passant un rapide,
je n'ai pas complètement redressé le bateau et il heurte en pleine
vitesse un caillou qui le redresse brutalement. Je ne m'y attendais
pas, et plouf! Me voilà à l'eau, moi, mon aviron, mon chapeau, mes
lunettes polaroid! Je rattrape ce que je peux et course le bateau et
Valérie qui se marre, et sans perdre son sang froid me photographie
avant de jeter le grappin. Robert "le bourru" nous avait bien
dit:«gare aux chutes». Je ne l'avais pas pris au sérieux; Mon respect
pour cet excellent nautonnier s'en trouve accru.
D'ailleurs voici approcher une des difficultés signalées par Robert:
Jargeau. La rivière se précipite entre les piles d'un pont, et la
plupart sont encombrées de cailloux. Entre la deuxième et la
troisième pile à partir de droite, et à 10 de la pile. Ça passe! J'ai
eu un peu chaud par ce que nous avions abordé le rapide sans prendre
de vitesse et que le bateau a commencé à se mettre en travers.
Conclusion: Il ne faut pas hésiter à se lancer!
Bivouac tranquille sur une île sablonneuse en face d'une réserve pour
les Sternes. Ces élégants voiliers aériens sont paraît-il une espèce
menacée. Ils nichent ici par centaines avant de repartir vers
l'Atlantique.
Lundi 30 Juillet
Traversée d'Orléans.
A l'entrée de la ville un vaste massif maçonné indique l'endroit où
l'ancien canal de Montargis à Orléans débouchait. Quelle dommage:
pratiquement c'est la voie entre Paris et Nantes qui est abandonnée.
Nous connaissons un peu Orléans, mais comme, vue d'ici, elle est
différente! Surprenant comme cette ville, et tant d'autres aussi,
font peu de cas de leur fleuve. Une terrasse en pente douce laisse
voir de belles vielles façades derrière une haie de platanes. Qu'ont
ils fait de ce point de vue privilégié? Un parking!
Il me faut pointer à l'ANPE: le bureau d'Orléans fera-t-il
l'affaire… Deux heures perdues: la réponse est non. Autre
déception: il n'y a plus de quincaillerie dans le centre ville,
apparemment. Il nous faut un marteau, que nous ne trouverons ni ici
ni plus loin non plus. Curieux. L'effet des grandes surfaces,
probablement.
Tant pis, nous nous serons promenés en ville, nous aurons déambulé
dans ses rues charmantes, aurons visité son étonnante cathédrale
gothique à la belle façade renaissance. Nous aurons même déjeuné en
face d'elle à la terrasse d'une brasserie.
Menu simple: une délicieuse salade, mais quand on vit à la spartiate,
tout a tellement de goût!
Nous revenons un peu inquiets au sandalo, mouillé contre une jetée.
Mais tout est bien. Nous aurons eu beaucoup de chance durant tout le
voyage: pas de visites de voleurs, ni de vandales. Ce ne sera pas
l'expérience des amis anglais que nous verrons sur l'Erdre dans
quelques semaines, et dont le bateau sera cambriolé sur le canal de
Bretagne.
Départ sous un soleil de plomb.
Prochaine embûche: Meung, que Robert et Guy nous avaient annoncée. Un
ancien pont (jadis emprunté par Jeanne d'Arc) est tombé, et ses piles
forment autant de tas de pierres dangereuses.. D'après nos notes on
passe, mais juste entre la deuxième et la troisième, en comptant de
la droite. Nous mettons pied à terre pour nous en assurer. Un
kayakiste est en train de charger ses bateaux sur une remorque. Il
nous le confirme, et restera sur le bord pour nous voir passer. Il
nous regarde approcher avec curiosité, car même en kayak le passage a
la réputation d'être aventureux. Petite montée d'adrénaline quand
nous nous lançons dans le courant, car l'accélération est
impressionnante. Le bateau attaque la série de vagues qui terminent
le rapide, et les chevauche sans problème. On nous applaudit. Depuis
la digue on n'a pas dû voir l'expression de nos visages.
Nous attachons le bateau derrière un rideau de roseaux, et nous
installons sur un banc avec le guide du routard, car nous aurions
bien passé une nuit à l'hôtel. Y aurait-il de la place pour nous?
Non, mais une chambre d'hôte est disponible. Première bonne
nouvelle.
La deuxième bonne nouvelle est que Constance, notre fille de 20 ans
appelle d'Inde, où tout va bien. Elle nous joindra ainsi de temps en
temps, et chacun parle du bonheur de son aventure. Belle invention
que le téléphone portable.
Nous dînons avant d'aller nous coucher, et cela nous fait du bien.
Dans l'auberge qui nous accueille d'Artagnan aurait séjourné. Ce soir
il n'y a pas de mousquetaire, mais à la table d'à côté un groupe de
hollandais cyclistes se restaure dans la bonne humeur. Etonnant le
nombre de touristes néerlandais ici! Trouvent-ils quelqu'un qui parle
leur langue?
Chambre d'hôte parfaite, et hôtes accueillants. Tiens revoilà les
trains, invisibles, mais bruyants, mais peu nombreux heureusement.
Avant notre prochain voyage, il faudra regarder la carte pour repérer
les endroits de la ligne Paris-Nantes près desquels nous avons
séjourné.
Mardi 31 Juillet
Autre réveil paresseux à cause des trains. Petit déjeuner civilisé,
puis visite du château, et de l'église.
En partant de Meung nous passons sous un pont. Un groupe de piétons
nous fait des saluts enthousiastes: ce sont nos hollandais d'hier
soir. Nous apercevons leurs vélos à côté d'eux. C'est agréable de
penser qu'ils saluent la performance de quelques locaux, sportifs eux
aussi.
Première halte à Beaugency, dont le carillon chante pour nous la
cantine célèbre:
«Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry
Vendôme, Vendôme
Que restera-t-il à notre Dauphin si gentil
Vendôme, Vendôme»
Robert et Guy nous ont averti de la difficulté au passage du pont,
mais nous commençons a avoir du métier.
Ensuite nous nous autorisons une promenade en ville, et une glace.
Déjeuner 5mn plus bas sur une île idyllique.
Maintenant c'est la grosse difficulté de la journée: la centrale de
St Laurent des Eaux. Les misérables qui ont construit cette centrale
ont tout bonnement barré la rivière pour avoir un réservoir, sans
laisser le moindre passage! Il y a une méchante rampe en béton, non
entretenue, et qui commence par une marche haute de 50cm. C'est là
que le rondin de Robert va nous servir. Sans lui nous ne passions
pas! Il va falloir encore toutes les ressources de mon imagination
fertile, car nous ne sommes que deux, il n'y aucun point d'accrochage
sur la rampe, pas le plus petit anneau, et le bateau pèse 150kg..
Pour commencer nous le vidons. J'établis une corde entre un panneau
et un petit arbre, et fais un palan de cordage entre celui-ci et le
bateau. Ça marche! Nous servant de pare-battages et du fameux rondin
nous faisons les premiers 50m de montée, puis la partie horizontale
où le béton est tout morcelé, puis la descente. Deux heures de
travail. Comment font nos amis avec leurs gabarres? Il n'y a pas
d'accès pour un véhicule, mais des barbelés et des champs où broutent
des chevaux. Nous ressentons l'expérience comme une insulte d'EDF à
la rivière.
Je ne suis pas pour ma part anti-nucléaire, persuadé que je suis que
c'est (dans l'état actuel de la technologie) la manière la plus
propre de produire de l'électricité, tout en reconnaissant que le
nucléaire est hautement dangereux. Mais du fait de mon ancien métier,
je sais que nous vivons en tous cas entourés de dangers, dont
certains sont bien plus graves que le nucléaire. Par exemple, les
dangers sur la santé que représentent les émanations d'oxydes de
soufre ou d'azote des centrales classiques, surtout au charbon ou au
fioul, sont bien plus préoccupants. On parle de l'effet de serre,
mais les pluies acides ou la toxicité des acides et des poussières
préoccupent aussi les spécialistes de la santé. L'extraction même du
charbon ne se fait jamais sans son quota de morts, alors que les
routes maritime du transport de naphta sont jalonnées d'accidents
dramatiquement polluants. Le nucléaire, parce qu'il rappelle la bombe
atomique fait peur. Je crois qu'il est géré par une administration en
principe consciente de ses responsabilités, et contrôlé en permanence
par les associations et les médias. Il ne produit normalement que de
la chaleur et de très petites quantités de scories dont on pourrait
très bien se débarrasser s'il n'y avait la psychose anti-nucléaire.
Cependant pour accepter le nucléaire, il faut être persuadé du souci
de respect de l'environnement et du sens de ses responsabilités
d'EDF. Or comment ne pas être ébranlés dans cette confiance, si EDF
se permet un affront à l'environnement tel que celui de barrer la
Loire sans ménager un passage? Le semblant de rampe de Dampierre est
choquant, ce que nous avons trouvé à St Laurent est carrément
scandaleux! Que représenterait donc une écluse sur le budget d'une
centrale nucléaire? Non: ils ont considéré le fleuve roi comme un
simple réservoir d'eau. Scandaleux, triste et préoccupant.
Atteindrons nous Blois ce soir? Non. Nous bivouaquerons en face St
Dié. Un bien joli village qui, pour une fois, est tourné vers la
Loire.
Mercredi 1 Août
Les peupliers sous lesquels nous avons campé ont bruissé toute la
nuit. Nous nous attendions à nous réveiller dans un paysage de pluie:
mais non, il fait grand beau temps. Emerveillement devant le tableau
du village en face de nous se reflétant dans l'eau calme du fleuve.
Le réveil est malgré tout, à 7h, un acte de volonté. Je commence à
être aguerri par ma semaine et demi d'effort journalier, mais Valérie
a plus de mal. Il faut que je veille à ne pas lui imposer d'épreuve
exagérée.
D'après Robert "Le Bourru", une difficulté nous attend à 10km
environ: un barrage à Blois.
En attendant l'approche de Blois se fait sur un magnifique plan
d'eau, le long duquel une série de manoirs ou de châteaux ont été
construits. Voilà jusqu'à présent le plus beau paysage que nous ayons
vu; Voilà où (si je touchais le gros lot) j'aimerais acheter une
maison, avec une de ces terrasses d'où l'on voit ce fleuve splendide,
face au sud. Certaines propriétés ont des jardins somptueux enclos de
murs, ou carrément une vigne. Le dernier château, Ménard (dont le
guide nous dit qu'il appartint à la Pompadour), est le plus
splendide, mais tous les volets en sont fermés. Les propriétaires
sont ils à St Tropez?
Blois approche. Nous nous arrêtons à un splendide club de voile, qui
compte des dizaines de dériveurs ou de catamarans, et même une
gabarre sur laquelle s'activent quelques bénévoles. A part cela, en
ce début d'août, et 10h30 du matin, pas un seul sportif! Un moniteur
nous accueille très gentiment, et nous permet de faire le plein
d'eau. Il nous explique que le barrage est levé l'été pour créer
cette retenue d'eau (dont bien peu de gens profitent). Il n'y a ni
glissière ni écluse, . Il y a par contre, et heureusement, un club de
kayak à droite du barrage, sinon il fallait encore nous adonner à une
séance pénible de portage. Nos confrères sportifs sortent bien
volontiers pour nous aider.
Nous traversons Blois avec un regard désapprobateur pour ces quais en
forme de muraille, derrière lesquels la ville se cache de son fleuve.
Le pont, pour beau qu'il soit, enjambe l'eau avec une élégance
hautaine. Nous escaladons les quais, tels des envahisseurs Vikings (y
a-t-il un reste de crainte des pirates dans cette manière de
s'enfermer?), et partons visiter la ville, et acheter une glace. Un
escalier écrasé de soleil, et bordé de magnifiques maisons à
encorbellements, est parcouru de passages (à Lyon ont les aurait
appelés traboules) dont l'un nous conduit vers la cathédrale. Nous
sommes étonnés par sa façade de guingois, et à l'intérieur lumineux
(presque trop).à la mode des églises anglaises.
Nous déjeunons à l'ombre des platanes d'une charmante petite
place.
Nos pas nous conduisent encore au château, construit certainement
sous François I, sur l'ossature d'un château fort. Au pied de
celui-ci une étonnante place dans laquelle trône un grand cèdre, et
dont l'ambiance détendue nous rappelle quelque ville du sud.
A 15h nous reprenons courageusement le bateau, malgré la canicule.
Une fois dégagés de la ville, nous prenons un petit bain
rafraîchissant.
Pas assez cependant pour me réveiller, car…
Un banc qui traverse la rivière… juste un petit banc très
banal, que du sable avec un peu de chance. Où passer? Oh, il n'y pas
à s'inquiéter, il y a assez d'eau, coupons au plus court.
Catastrophe! Un heurt, un silex pointu au milieu du bateau, et c'est
le naufrage.
L'eau monte rapidement. Nous avons crevé le fond!
Nous tirons le bateau sur une berge, dégageons le plancher. Un sacré
beau trou en plein milieu. Un instant de désespoir. L'aventure
s'arrête-t-elle ici?
Non! Non et non!
Plan de bataille: il faut tenir jusqu'à Chaumont. Là il devrait y
avoir un train. J'irai chercher de quoi réparer, pendant que toi,
Valérie, tu iras chez nos amis Guyon.
En attendant comment faire? Je repousse le bois blessé, et Valérie
applique son talon dessus. Nous repartons, et je rame seul (contre le
vent). Ça tiendra en effet les quelques trois kilomètres qui nous
séparent de Chaumont. Sous le château il y a une large plage
sablonneuse qui fera très bien l'affaire. Ensuite où laisser nos
bagages? Un bien gentil riverain nous propose de prendre les avirons
et les forcoles. Une jeune fille à cheval nous dit où trouver un
taxi, et nous suggère d'aller voir l'office du tourisme pour nos
valises, ou plutôt nos caissons, ce que nous ferons.
Taxi pour Tours. Valérie continue vers Chouzé, et moi vers Paris.
Jeudi 2 août Paris
Je ne suis pas rasé depuis le départ, et j'ai maintenant une fort
belle barbe drue et d'un blanc immaculé. Ça c'est une surprise (la
couleur). Ma moustache frise, me donnant un air très "armée des
Indes". Me revoir en sikh dans la glace familière de la salle de
bains me fait rire. Dans le métro, j'ai la surprise de voir les gens
me regarder et me sourire gentiment. Rien que pour cela ça valait la
peine!
Ma mère me reconnaît à peine, et une cousine croisée dans la rue pas
plus. Très amusant!
Les choses sérieuses cependant vont me minuter mon emploi du temps.
D'abord, je trouve bien entendu des choses urgentes à faire dans le
courrier. Puis il me faut, en succession rapide:
-Tondre le gazon pour donner l'impression que la maison est
occupée.
- Faire une machine de linge
- Aller chez Jean Marc chercher la voiture de Valérie
- Aller au club, le Nautique Sèvres, où je trouve du contre plaqué
CTBX dans lequel je découpe des rustines rectangulaires. Je prélève
de la colle époxy dans ma réserve
- Prendre dans mes outils le fameux marteau qui me manque, et du
papier de verre.
J'attrape de justesse le TGV gare Montparnasse.
Depuis le train, je reçois d'abord un appel de Jean Marc qui se
propose de nous retrouver Vendredi après midi. Je lui explique la
situation, et nous convenons qu'il convoquera notre ami Jean Claude,
et viendra à Chaumont. Je demande ensuite à Valérie (vivent les
portables!) de me trouver un logement à Chaumont. La réponse ne tarde
pas : il n'y a, d'après l'Office de Tourisme local, qu'un seul hôtel,
un trois étoiles, et une chambre à 600F. Je débarque à Onzain (juste
de l'autre côté de la Loire), et sac sur le dos, je traverse le pont.
Juste à la sortie du pont il y a une auberge, devant laquelle un
panneau dit qu'il y a des chambres. Pour 150F je serai très bien
logé, et une hôtesse charmante me confectionne un repas parfait, avec
une truite délicieuse. Une fois encore, je suis étonné qu'en ce début
d'août on trouve aussi facilement de la place dans cette région
exceptionnelle.
Au cours du dîner j'apprends l'histoire de cet hôtel, parfaitement
calme et bien situé, dont les écuries abritaient 8 chevaux, et qu'un
redressement fiscal a coulé. C'est la fille de mon hôtesse que
j'avais vue chevaucher sur la plage.
Vendredi 3 août.
Levé de bon matin, je m'active autour de mon bateau. Le gentil
riverain approche. Il est architecte, et connaît en érudit la rivière
et Chaumont.. Je lui raconte aussi, tout en travaillant, mon périple.
Nous parlons longtemps. J'ai le sentiment que grâce à mon bateau, et
à l'ambition de notre voyage, les langues se délient, et que nous
rencontrons les gens de manière privilégiée. J'imagine que les
pèlerins vers St Jacques de Compostelle font de telles rencontres.
Pour ma réparation, je dois dans un premier temps, soigneusement
poncer toute l'aire concernée, puis l'enduire de résine, et enfin
appliquer dessus la rustine lestée d'un bon poids. Heureusement il a
fait beau hier, et le bois est suffisamment sec.
13h: la résine prend.
Valérie arrive en train, puis Jean Marc Bastin, accompagné de Jean
Claude et Liu Lobel. C'est la fête. Nous allons tous à mon hôtel qui
a une terrasse tout à fait agréable.
16h la colle est bien dure, et la réparation semble fiable. Côté
extérieur, j'applique une rustine supplémentaire de résine pour
éviter les infiltrations.
Valérie propose à nos amis de faire chacun un relais. Je prendrai
d'abord Jean Claude et Liu, puis Jean Marc pour deux étapes à faire
tambour battant, soit 18 et 15km que nous ferons en moins de trois
heures.
Le premier relais se termine à Amboise, où d'après nos guides, l'eau
sous le pont est très rapide. Valérie et Jean Marc nous précèdent et
se postent au dessus de l'arche qui leur semble la plus faisable.
J'explique aux nouveaux venus:
«Voilà. Nous approchons. Nous allons lancer le bateau pour que même
dans les remous il reste manœuvrant, puis à mon signal, vous
rentrez l'aviron, et vous mettez un genou à terre pour ne pas risquer
de chute!»
L'eau semble dégagée sous l'arche choisie par Valérie. Nous
accélérons. Le courant nous prend et nous projette en avant comme une
bille dans une fronde. Décharge attendue d'adrénaline quand le jet
d'eau se transforme en grosses vagues qu'il faut escalader avant
d'être au clair. Jean Marc a pris la photo d'en haut, et c'est
impressionnant!
Le deuxième relais se fait sur un tronçon de rivière somptueux, dans
la belle lumière d'un jour tombant. Je suis content que Jean Marc qui
a été à la peine ait eu cet aperçu de la Loire.
Nous allons jusqu'à Montlouis dans la proche banlieue de Tours. Nous
trouvons un bord de rivière discret où le bateau ne sera pas visible,
et le laissons à la garde des pêcheurs. Le guide du routard nous
indique un hôtel, qui à notre soulagement, peut nous abriter.
Nous dînons dans la joie avec nos amis, qui ont encore une longue
route à faire.
Bonheurs simple de bains d'eau chaude et de lits douillets.
Samedi 4 août
Au programme ce matin une difficulté annoncée par notre guide
lointain, Robert: le pont de Montlouis. Mes notes disent: deuxième
arche à droite. Le départ est effectivement mouvementé.
Prochain traquenard, le pont Mirabeau de Tours. Nous appelons Alain
Lacroix qui va nous attendre, près du pont. En attendant nous avons
1h30 d'un très beau parcours. Le fleuve s'élargit, puis se rétrécit,
et dessine de grandes îles sur lesquelles des pêcheurs matinaux se
livrent consciencieusement à leur non activité. Dans les falaises
sont installés des caves à vins dont nous regardons avec envie les
enseignes. Nous devrions la prochaine fois faire une croisière des
vins, peut être de Sancerre à Saumur. Tiens pourquoi pas?
Voilà encore une ville qui laisse passer la Loire avec une méfiance
non dissimulée. De Tours nous ne verrons que les hautes murailles des
quais, et plusieurs pont modernes fort laids, avant le pont Mirabeau.
Arrivés là, nous attachons le sandalo sur un quai et partons à la
découverte.
Nous ne serons pas longs à mesurer la difficulté: D'abord la moitié
de la rivière est barrée sous le pont, à une hauteur que seules les
hautes eaux peuvent passer. Sous les arches restantes le courant est
impétueux, et presque partout il y a de gros rochers. La deuxième
arche peut être?
Alain Lacroix nous attend après le pont. Maigre et musclé, mâchoire
carrée, yeux bleus dans un visage buriné, il vit sur le fleuve, et
cela se voit. Il a construit et gère une flottille de Toues et
Futriaux (motorisés) sur lesquels il promène ses clients. Deux jeunes
gens, Samuel et Virginie l'assistent. Il nous considère d'abord d'un
air pensif, puis, une fois qu'il a vu notre bateau, avec une
sympathie manifeste. Alain nous emmène avec son gros futriau motorisé
avec un 90CV en plein remous. Je crois que cela l'aurait intéressé
de nous voir passer le rapide (et moi aussi). Valérie dans sa sagesse
vote contre. Nous descendrons le bateau, avec l'aide d'Alain et de
son équipe, en le retenant avec une corde.
Ensuite nous fraternisons. D'abord je fais essayer l'aviron à la
vénitienne à nos bienfaiteurs, qui trouvent rapidement le bon
mouvement, forts de leur instinct de marins. Ensuite ils nous font
visiter leur chantier. Puis Alain sort des verres et nous parlerons
bateaux en faisant un sort à une bouteille de Vouvray (fameux!).
En guise de viatique, Alain nous laissera une collection complète de
cartes annotées qui nous conduiront jusqu'à destination. Il nous
donne aussi les coordonnées de notre prochain ange gardien: Hervé
Couet de Montjean.
Merveilleux personnage que cet Alain: un de ces êtres charismatiques
qui savent éveiller les passions, et… obtenir des finances
pour les alimenter..
En quittant nos nouveaux amis, nous allons affronter une nouvelle
difficulté: le vent. Le vent dominant sur la Loire vient d'ouest,
c'est à dire qu'il emprunte exactement le lit du fleuve, mais à
contre-courant. Nous allons en déguster! C'est exactement le vent
qu'il fallait aux gabarres d'autrefois pour remonter. En ce qui nous
concerne, malheureusement, le problème est que nous descendons..
Nous sommes tout près de Villandry quand un orage éclate. A l'abri
d'un bosquet nous sommes tentés d'y aller à pied. Il y a 4km à faire.
Nous nous jurons d'y retourner bientôt.
Arrêt avant Langeais sur une belle île sauvage. Une vingtaine
d'oiseaux posés sur le sable, tous tournés vers la direction du vent
composent un étonnant tableau moderne.
Dimanche 5 août
Départ un peu paresseux vers 8h. Il ne fait pas beau, et le vent
dominant d'ouest lève des vagues bien désagréables. Allons,
aujourd'hui nous arrivons à Chouzé, chez nos amis Guyon.
D'abord le pont. Alain Lacroix nous a dit de passer à 10m de la pile
centrale du pont suspendu. Oui, nous comprenons pourquoi: de gros
cailloux font bouillonner le courant partout ailleurs.
Voilà sur la berge la "pile" de Saint Mars, cette haute tour du haut
de laquelle la garnison de Langeais surveillait la rivière autre
fois.
Des pêcheurs matinaux nous regardent passer sans surprise. Mais
qu'est-ce qui les surprendrait? Chacune de ces confrontations avec
des pêcheurs me surprend. Je me promets d'interroger un ami passionné
de pêche, et de mettre sa contribution en annexe de ce texte.
Le château apparaît bientôt au bout d'un bras mort. Nous avons visité
Langeais, un des très beaux châteaux forts de la Loire, peut être le
seul château féodal à ne pas avoir été remanié. De terre déjà on est
attristé de le voir coupé de sa rivière par une route et une voie
ferrée. Depuis le fleuve, c'est encore plus triste. Dire que l'on
vient de le sauver d'une tentative de construction d'autoroute! D'où
vient donc cette tradition de vandalisme chez les urbanistes? En fait
existe-t-il un corps d'architectes urbanistes? Ne sont-ils pas tout
simplement des artisans morts de faim, prêts à toutes les bassesses
pour pouvoir manger? Et ne sont ils pas en tous cas soumis aux
dictats sans appel de fonctionnaires ingénieurs anonymes et
irresponsables, du moins en termes de paysagisme, ou du bonheur de
vivre… Scrogneugneu! Mais comment passer à côté d'un gâchis
semblable sans réagir, du moins intérieurement.
Le vent, attisé par nos propos vengeurs souffle vraiment très fort.
L'effort est rude.
Voici la centrale nucléaire de Chinon. L'abord est rébarbatif. Le
fleuve nous entraîne vers de hautes murailles, une porte massive en
acier… Sur une passerelle deux gendarmes nous observent. Ne pas
leur sourire! Je leur adresse tout de même un salut auquel ils ne
répondent pas. Hostiles? Mais non. Du moins ils ne tentent rien, du
style "vos papiers".
Une petite demi heure plus tard nous passons le pont de Port Boulé.
Il était convenu qu'une fois là, nous appelions nos amis. Ils
devaient venir à notre rencontre dans une plate, mais avant qu'ils
aient pu s'organiser, nous arrivons. Hughes sur le quai agite des
drapeaux multicolores. Voilà une réception comme je les aime.
C'est la fête. Ils nous ont préparé un délicieux déjeuner de fruits
de mer arrosé d'un Bourgueil 1987.
Il pleut. Peu me chaud, allongé dans un fauteuil avec un bon cigare.
Ça aussi c'est la vie!
Valérie est crevée, rincée, épuisée! Cette halte sera vraiment
bienvenue. Merci les Guyon. Hughes Delphine et nous, sommes amis
depuis nos années étudiantes à Strasbourg. Nous nous voyons assez
souvent, mais avons beaucoup à nous dire. Nous apprécions d'autant
plus leur hospitalité que la maison est pleine avec leurs descendants
au grand complet: Raphaëlle, Antoine son mari et leur fille Aude d'un
mois, et puis Clémence, Eric et leur * de trois mois, et Paul
Marie.
Le soir concert dans l'église de Chouzé. Très sympa.
Hughes et Delphine sont tous deux enfants de militaires, Valérie et
moi enfants de diplomates. Nous avons donc tous les quatre connu une
enfance semblablement nomade. Nous ressentons tous le même besoin
d'un havre, de racines. Je me souviens avoir éprouvé un grand
bonheur, quand nous étions étudiants, à visiter la maison, tout près
d'ici, d'un autre de mes camarades étudiant comme nous à Strasbourg.
Lui est tourangeau pur sucre. Sa famille habite depuis des
générations un beau manoir de pierre blonde et de brique, et vivait
de son exploitation agricole. Je me souviens de la sympathie profonde
que m'inspirait son père, de l'attrait qu'avait pour moi, le nomade,
sa maison et son mode de vie. J'ai toujours pensé qu'Hughes en
s'installant ici avait réalisé un vieux rêve. Après mon voyage sur la
Loire, et si je n'avais pas une maison à l'Ile d'Yeu, j'aurais bien
jeté l'ancre par ici, moi aussi! Quel bonheur ce doit être de laisser
pousser des racines affectives dans cet endroit!
Lundi 6 août
Temps breton: crachin et vent. Nous perdons un peu de temps dans
l'espoir d'une accalmie. Rien n'y fait.
11h Départ. Le trajet vers Montsoreau est très beau. On voit le
château de loin, au fond d'un paysage d'îles et de grands arbres; on
a l'impression à chaque coup de rame que le paysage se bâtit. Le
château ressort avec ses hautes murailles au milieu d'un harmonieux
village d'ardoise bleue et de pierre blonde. Des hérons s'envolent
devant nous. Le confluent avec la Vienne est marqué par une large
plage de sable fin.
Malheureusement le ciel déjà gris s'assombrit.
12h Nous arrivons à Montsoreau quand l'averse éclate. Nous nous
réfugions dans un troquet, au Lion d'Or. L'averse se prolongeant,
après une bière, nous finissons par sympathiser avec les patrons,
Isabelle et Guy Guessard, et avec leur fils qui pratique la Loire
avec passion. Nous finissons par commander un casse croûte, et l'on
nous sert alors les plus succulents croque-monsieur que l'on puisse
imaginer! Une formule à breveter, qui vaut le déplacement. Succulent
abondant, surprenant, supérieur! Les qualificatifs me manquent,
j'aurais dû écrire la bouche encore pleine! Le vin blanc qui
l'accompagne nous met de bonne humeur. Merci l'averse et merci le
Lion d'Or!
Nous avons visité le château à notre dernière visite il vient de
subir une importante restauration. Nous reviendrons
15h Saumur pluie, pluie… Nous marchons avec bonheur dans cette
belle ville, et visitons la cathédrale et les remparts du château. Ce
n'est pas désagréable de regarder le paysage de cette hauteur, et
d'imaginer le chemin que nous allons explorer.
Nous sommes devant la cathédrale St Pierre quand Constance, notre
fille, appelle d'Inde. Difficile d'imaginer depuis ce joyau de
l'urbanisme renaissance angevin le grouillement de Cochin et
l'ambiance tropicale des Backwaters qu'elle nous décrit.
Nous repartons et constatons que depuis le confluent avec la Vienne,
la Loire à changé. Finie l'adolescence capricieuse de la nymphe
fantasque. Nous avons affaire à une rivière puissante, dont le chenal
est balisé. Elle est tortueuse encore, mais le courant est constant
et fort, et le îles défilent à grande vitesse. Les bords semblent
plus hauts, les bancs de sable se font rares. Par moment l'eau forme
de véritables mers. La nymphe Loire est devenue matrone, belle, mais
adulte.
18h Un peu avant Gennes le vent décidément contrariant nous décourage
et nous trouvons un lieu calme pour notre bivouac. Un feu de bois
nous permettra de faire cuire les délicieuses saucisses artisanales
achetées à Saumur. Nous observons un long moment l'activité d'un
castor que notre présence n'intimide pas.
Hughes Guyon nous appelle: son gendre Antoine a des fourmis et
aimerait faire un bout de route avec nous. Nous convenons de le
retrouver à Gennes.
Mardi 7 août
10h Antoine nous rejoint comme prévu. Il est courageux, car il pleut
ce matin. Nous décidons de nous accorder une pause et sur son conseil
allons visiter Cunault.
Nous avions bien repéré cette grosse église romane dans un joli
village en bordure de rivière, mais ce qui nous attend est un
éblouissement. On ne se doute pas en abordant cette nef un peu
massive de la force bouleversante qu'exprime son architecture
audacieuse et spiritualisée. Les quelques statues rayonnent de cette
même force intérieure et calme. Une Vierge à l'enfant et une Pietà
nous impressionnent.
Nous pensons à ces représentations molassonnes de visages de saints
ailleurs vues ces jours derniers, comme la Jeanne d'Arc d'Orléans
mièvre et maniérée. Les modèles de ces statues devaient être plus
proches de ceux représentés par les sculpteurs romans.
Valérie prend la voiture d'Antoine et fait 1h30 de tourisme, tandis
qu'Antoine et moi prenons le bateau jusqu'au pont de St Mathurin. Le
jeune homme est solide et apprend vite, et c'est ma foi très
agréable, mais je me dis in petto, que Valérie malgré ses années et
sa moindre musculature rame rudement bien.
Quand nous arrivons à l'endroit convenu pour que Valérie prenne la
relève la pluie tombe à seaux. Il y a un petit restaurant bien placé:
nous nous y arrêtons. Nous sommes arrivés en même temps qu'un petit
groupe de kayakistes. Ce sont presque les premiers sportifs que nous
rencontrons. Nous les interrogeons sur le cours du fleuve: il n'y a
pas d'autre passage difficile que celui qu'Alain nous a indiqué au
pont de Cé.
La reprise est pénible. Il faut ramer sous une pluie intermittente et
contre un vent tenace. Je comprends comment les gabarres remontent la
Lore à la voile.
Nous calons avant Angers, et nous préparons au pire. Allons nous
devoir planter la tente dans un camping au sol gorgé d'eau? Non:
notre bonne étoile veille: Nous interrogeons un restaurateur: oui il
connaît une chambre d'hôtes puisqu'il en en a. Aspect moyen, mais
quel régal en pensant au camping mouillé!
Mercredi 8 août
Premiers coups d'aviron sous la pluie et contre un vent féroce.
Eclaircie devant Pont de Cé.
Alain nous a avertis que le passage était entre la deuxième et la
troisième arche à compter de la droite, et que le danger était après
le pont. En effet, une fois passé le pont, nous voyons des remous sur
les côtés: il faut surtout continuer tout droit. Voilà qui est fait.
A partir de là c'est du billard..
Enfin ce serait du b s'il n'y avait ce sacré vent qui lève un clapot
important. Vent contre courant: la recette est classique. Il nous
faut choisir entre la lit du fleuve où le courant nous emmène à bonne
allure, mais dans ce satané clapot qui nous empêche de ramer, où bien
dans l'eau calme, mais où l'on avance moins. Les haltes, comme à
l'heure de déjeuner, ou une halte fournitures à Charonnes sont les
bienvenues.
Nous trouvons beaucoup moins de charme à ce nouveau parcours, surtout
depuis le confluant avec le Maine. Le fleuve est corseté, balisé,
assagi entre ses rangées d'épis. Il reste puissant. La matrone
s'assagit. Peut être sommes nous devenus difficiles.
Nous avions le téléphone d'un contact à Montjean. Hervé Couet nous
dit au téléphone qu'il n'est pas là (vivent les portables), mais que
nous visitions l'écomusée et qu'il nous retrouvera. Nous tirons le
bateau au sec, et visitons un musée en effet très intéressant et même
charmant: Il montre l'histoire de la construction nautique des
bateaux de la Loire, avec maquettes et plans. Il y a aussi une
section sur la petite mine de charbon locale, un musée de la
fabrication de chaux, et un musée du chanvre. Nous sommes encore
penchés sur les vitrines quand Hervé s'annonce.
D'emblée le courant passe. Encore un passionné capable de passer tous
les obstacles.
Hervé a participé au montage de cet écomusée qu'il anime et qu'il
nous présente, et à la fabrication d'une gabarre. Au détour d'une
description il nous apprend que l'ancien conservateur du musée de la
batellerie de Conflans se dédie avec passion au musée.
Hervé a même participé avec une plate de Loire à la Vogalonga, la
mythique course de 35 km qui réunit chaque année à Venise en mai tout
ce qui se rame ou se pagaie. Nous faisons nous mêmes cette course
depuis 16 ans.
Il nous emmène ensuite boire un verre sur la Gabarre La
Montjeannaise. Le temps a viré au beau. Notre euphorie sera complète
quand Hervé nous suggère de passer la nuit dans la cabine de la
gabarre plutôt que de dresser une tente.
Nous dînons dans le recueillement d'un cassoulet en boîte en
regardant se coucher le soleil sur une Loire apaisée. Nous nous
délectons d'un sentiment de dépaysement que produit sur nous ce
magnifique bateau qui sent si bon le bois..
Jeudi 9 Août
Je me suis réveillé vers 4h, et suis sorti admirer une nuit
magnifique. En principe nous traversons les Perséïdes, mais ce soir
pas d'étoiles filantes. J'ai une profonde impression de bonheur. Le
calme de la nuit, la beauté du ciel y concourent, mais aussi un
sentiment de liberté oublié. Depuis combien de temps n'ai-je pas fait
ce que je voulais? Je veux dire quelque chose que j'aie vraiment
voulu, qui ne m'ait pas été imposé, où qui me soit arrivé sans que je
l'aie choisi?
Les difficultés même de ce parcours semblent inventées par les génies
de la rivière pour que nous puissions les surmonter.
De même les rencontres que nous faisons tout le long de notre route
nautique semblent suscitées par une divinité bienveillante pour nous
guider à travers les embûches de ce périple et nous accueillir sur
des contrées nouvelles. Nous nous étions demandé un instant en
quittant les canaux si le fleuve n'allait pas nous confronter à la
solitude: voilà qu'a presque chaque étape nous rencontrons dans leur
vérité des êtres d'exception.
Nous serions romains ou grecs anciens, comme il eut été tentant
d'habiller dans notre récit les rapides en hydres ou en cyclopes, et
nos guides en magiciens.
Cette gabarre même est totalement poétique. Au dessus de ma tête la
gigantesque poutre de la barre semble impossible à bouger: pourtant
c'est un gouvernail très efficace pour ce fleuve peu profond. Le non
moins gigantesque cabestan semble lui aussi purement décoratif.
Pourtant il permet de coucher et de lever le mat au passage des
ponts. La voile en lin forme des plis de peplum sur la banquette à
l'avant. Valérie en fera de belles photos.
8h Nous sommes en train de plier nos bagages quand un monsieur très
digne arrive en slip noir, et sur un «Ne vous dérangez pas je ne fais
que passer» il traverse le bateau, prend appui sur le bord et d'une
détente agile plonge dans l'eau tumultueuse. Il faut dire que nous
sommes mouillés quelques 20m sous le pont, et que le courant qui
passe entre les piles est formidable. Stupéfait je vois l'homme
crawler gaillardement, remonter dans la zone morte derrière la
deuxième pile, puis reprendre le courant et disparaître en aval.
Hervé venu nous saluer nous dit que c'est le président de l'écomusée,
monsieur *.
Ma réflexion est que c'est très important de démonter les légendes.
On fait une telle réputation de terreur à la Loire que quelqu'un qui
tombe dedans doit se noyer de panique bien avant d'être entraîné par
dieu sait quel maelström légendaire. De la même manière, Hervé nous
dit que les sables mouvants annoncés sur des centaines de panneaux
n'existent que dans l'imagination fiévreuse de gestionnaires trop
prudents. Certes par endroits le sable cède, mais on ne s'enlise
jamais au delà des genoux. Cela m'est d'ailleurs arrivé sans j'en
conçoive la moindre appréhension. Mais enfin, si l'on parvient à
éloigner toute forme d'activité de loisir de la Loire, au moins comme
ça personne n'ira se faire bobo, et n'intentera de procès aux
maires.
Nous quittons Hervé sur une promesse de se revoir début septembre aux
journées de l'Erdre
Nous aurons encore à peiner aujourd'hui car le vent contraire se lève
bientôt.
Voici Ingrandes: le village mérite une mention spéciale, car voici
pour une fois un village tourné vers la Loire. Il est correctement
défendu par un bon mur, mais les maisons ont volontiers un balcon ou
une terrasse tournées vers le fleuve. Le fait est assez rare pour
être cité.
Dur labeur contre le vent, et dure progression vers Ancenis. Nous
déjeunons sur un banc de sable avec la conscience que c'est presque
la dernière fois avant notre retour à la civilisation.
Au moment ou nous arrivons sous le pont d'Ancenis un orage éclate.
Une fois encore le génie du fleuve nous a protégés.
Vers Champtoceaux nous croisons, oh étonnement, deux yachts et un bac
de promenade. Nous commencions à nous croire les seuls usagers du
fleuve.
En face des Mauves, nous choisissons une beau banc de sable qui forme
une espèce de baïne (comme on dit dans les landes).pour y passer une
dernière nuit. On nous a annoncé qu'après Ancenis la marée se faisait
sentir. Je cherche donc avec curiosité à en deviner l'ampleur, mais
en suis réduit aux hypothèses. Quelques dizaines de centimètres? Je
ne suis pas inquiet. L'endroit est très beau, quoi que sur l'autre
rive, derrière les arbres passe le TGV. Première annonce du retour au
monde moderne.
Au moment de nous coucher, je vois le bateau bouger dans l'eau qui
monte. Prudent, je refais le mouillage, et le tire un peu sur le
sable.
Le vent semble s'apaiser. Ce serait bien pour notre dernier jour de
ramer sans se battre contre lui.
Vendredi 10.
Dernier jour de la croisière.
J'ouvre la tente toute imprégnée de rosée et vois…. Le bateau
posé à quelques pas de la tente! Pendant la nuit, la marée est
arrivée tout près de notre campement! Nous rions bien en pensant à ce
qui se serait passé si l'eau était arrivée jusqu'à nous. Il doit bien
y avoir 1m50 de marée ici!
J'appelle l'écluse St Félix. La marée est haute à 10h45 et l'écluse
ferme à 13h.
Sacré nom d'une pipe, il va falloir cravacher!! Il y a plus de 20km à
faire encore.
Nous plions bagage en vitesse et repoussons le bateau à l'eau.
Et alors que va-t-il se passer si la marée monte? Il n'y aura plus de
courant, voir un courant contraire! Nous avons de la chance: courant
nul. Il ne nous reste plus qu'à faire force rames en négociant au
mieux les courbes pour tracer la meilleure route en évitant le vent.
A un moment, je trouve Valérie très courageuse de ramer avec tant de
vigueur. Je comprendrai plus tard quand elle me dira avoir compris
que j'annonçais: « Il n'y a plus qu'une demi-heure», quand je disais
«il faut être arrivés à la demi» (à midi et demi). Nous avons ainsi
achevé sur un rythme de régate.
Nous fonçons à travers la banlieue de Nantes, et bientôt apercevons
la tour de Bretagne dans le lointain. Quand nous approchons du pont
du périphérique, et lisons les panneaux "Noirmoutiers La Roche
Bordeaux", nous nous promettons de penser à ce moment, la prochaine
fois que nous l'emprunterons en voiture. Voici enfin les immeubles de
Nantes, des ponts encore, un dernier et
L'écluse St Félix!
Voilà, c'est gagné, nous avons réussi!
A la VHF l'éclusier nous annonce qu'il écluse un avalant, et ce sera
notre tour. Nous sympathisons avec lui au cours de l'opération. Il ne
se souvient pas d'avoir jamais vu un bateau vénitien ici, et encore
moins d'avoir entendu dire qu'un bateau avait ramé depuis Paris.
Ensuite c'est le bassin de la gare, le tunnel, et le bassin de
l'Erdre. Nous festoyons au restaurant de l'Ile Napoléon (qui
malheureusement ne sert pas d'huîtres). C'est fini.
Enfin pas tout à fait. Qu'allons nous faire du bateau? Il faut que
qu'il nous attende ici quelques jours. Notre ami Alain Lacroix nous a
dit de laisser les cartes au capitaine du port, Philippe Boidron. Je
l'appelle, il me reçoit. Aurait-il une idée? Un coup de téléphone au
Cercle de l'Aviron Nantais, et l'affaire est résolue. Encore une
personnalité d'exception que ce capitaine du port de l'Erdre, un
grand connaisseur de la Loire et de ses personnalités, et un
passionné de bateaux .
Quelques coups d'aviron et nous sommes au CAN. Et là, dernier coup de
chance. Le dirigeant de faction est Daniel Vervueren, dont le frère
Michel était un collègue et ami. Le président du club contacté au
téléphone donne sa bénédiction, et voilà notre sandalo valeureux à
l'abri le temps de s'organiser.
Nous retrouverons le Sandalo le 1er septembre pour participer aux
"Journées de l'Erdre". Cette fête organisée depuis des années par la
mairie de Nantes regroupe sur le magnifique plan d'eau de l'Erdre une
flottille d'une centaine de bateaux de toute description, dont le
point commun est d'être anciens, ou de construction traditionnelle.
Ce sont trois jours de randonnée et de régates, entre Sucé et Nantes,
qui se terminent par une soirée sur les quais Nantais de l'Erdre, au
milieu du festival de jazz.
Pour l'occasion, nous avons organisé le déplacement d'amis anglais
qui sont venus avec une yole de la Tamise et une gondole à 8 rameurs
en bois vernis, rutilante! Les anglais font bien les choses quand ils
s'intéressent aux bateaux.
Ces journées rassemblent exclusivement des charmants fadas de notre
espèce, et nous fraternisons dans le bonheur. Chacun a une histoire à
raconter, et après déjeuner, au soleil, ou le soir à la veillée nous
écoutons les récits de la construction des Yoles de Bantry, ou celui
des croisières sur les rivières anglaises de nos amis. Notre récit
n'est pas le plus banal, mais nous sommes ramenés à une certaine
humlilté par la rencontre avec * qui a fait aussi bien que nous,
puisqu'il a descendu la Loire cet été depuis * sur un futriau de
Loire en plastique.
Le dernier jour nous naviguons jusqu'à Nantes, où le festival de Jazz
bat son plein. Les quais de l'Erdre sont animés par toutes sortes de
stands et de restaurants. Hervé Couet est là aussi sur sa péniche, et
nous reconnaissons La Montjeannaise dans le port.
Voilà, c'est la dernière réminiscence nostalgique d'une vacance
formidable. Il ne reste plus qu'à monter le diaporama sur mon
ordinateur, et à raconter notre périple à qui voudra l'entendre.
Nous peaufinons aussi la prochaine aventure, qui pourrait être avec
d'autres amis une Croisière des Vins, de Sancerre à Saumur, par
exemple!
Allez, chiche!
En tous cas, nous sommes pris au sérieux avec notre histoire toute
récente.
Giens Gérard Cusson
Robert Faisy Giens 0683033160
Guy Meneau Giens historien 0238761980
www.office-de-tourisme.giens
St Benoit Fernand Monique Thibaut 37 rue du Port 45730 St B
Chinon F Ayrault maquettes, promenades 0247931667 PORT DE
Pontille 37500 assoc l'Enchême
Tours Alain Lacrox 0683578920 29 rue Frankin Roosvelt 3700
Anger Jean Louvet 0241440449
Nantes Ouest France 0240446969
Nantes Capitainerie Ph Boidron 0240370462
Ecluse St Félix 0240477162
Nantes CAN
20 rue d'Alsace 44000 Nantes 0240506745
DDE section canaux 0240712020
SAUMUR St Florent Jacques Robin "vent de travers" Sebastien
Gabet
Montjean Hervé Couet 0619673299
Daniel Ferrand 270 av Henri Barbusse 01 91210 DRAVEIL
35 rue Jacques Baudry 75017 0169405566
0169405560
Fluvial Mag
Rich Walter 48 rue de Provence 75009 0145267501
waltscud@aol.com
Assurance
Aviron de rechange
Bâche
Lattes
Radio,
Tente
Cuisinière
Gamelles, couverts
Couteau, pelle, outils (marteau)
Sacs couchage, tapis de sol ou matelas gonflable, moustiquaire
Corde 40m
Aussière 10m
Pare battage 4 ou rouleaux
Graisse Cartes, guides
Autorisations
Anti-moustiques, crème solaire
Dampierre Glissière sur la gauche
St Laurent des Eaux Plan incliné sur la droite, mais
attention, commence
à 60cm de la surface. Prévoir rouleaux, corde 10m, aussière 30m mini
et palan
Jargeau Pont De dte deuxième arche à 10m du pilier de dte
Meung Pont détruit de droite deuxième arche
Blois Sur la droite plan incliné. Demander de l'aide au club de
kayak
Beaugency Pile de droite
Tours
Mirabeau difficile à passer. De gauche: 1 pile en cajolant
ou 3eme
Napoléon: 2eme de g 10m
Pont de la Motte: arche du centre (8eme)
Bec de Cher Pt St Marc: 3eme de d
Langeais Pt suspendu à dte de la 1 pile de d
Angers Pont de Cée : 2eme arche, puis continuer tout droit car
obstacles sous l'eau
Copyright © Richard Winckler 2002